En tant que société, nous avons choisi de taire les sujets importants,
Nous ne parlons pas de sexe, nous ne parlons pas d’argent,
Nous ne parlons pas de plaisir, nous ne parlons pas de relations,

Ce sont des choses dont on ne parle pas en société voyons.
Autant les garder pour soi, et en parler derrière une porte fermée.

Je déteste cette porte fermée.
C’est parce que cette porte est fermée, et que l’on chuchote plutôt que clamer la vérité,
Que les prédateurs, les malveillants, les personnes dangereuses, rodent.

C’est un cercle vicieux.
C’est à cause de leur action qu’on se dit alors,
Qu’il vaut mieux ne pas en parler,
Pour ne pas encourager.

Sauf que…
Le tabou bénéficie au prédateur,
Pas à la proie.
Le tabou crée un masque de fumée, et crée une victime apeurée, qui fait que le prédateur a toute la place de sucer la sève de la victime qu’il a choisie.

Le tabou bénéficie au prédateur.

Quand on ne parle pas de sexualité, on ne protège ni nos oreilles, ni les mœurs, ni nos enfants.
Au contraire, quand on tait la sexualité, on laisse la conversation appartenir à la catégorie de personnes qui n’en a pas peur : celui qui en profite.

C’est parce que la sexualité est tue que dans des couples, l’un ou l’autre souffre, sans savoir pourquoi, au point de se torturer, d’être malheureux, seul, et avec personne vers qui se tourner…
Parce que ça ne se dit pas

C’est parce que la sexualité est tue qu’il est si difficile pour les survivants au viol d’en parler et de se confier. Parce qu’on leur a appris que c’était la honte, que c’était leur faute. Le prédateur a bien fait de renforcer ça.
Eh non, ça ne se dit pas.

C’est parce que l’on ne parle pas d’argent que des traffics se font dans l’ombre, que des jeunes commencent tôt à rêver bling bling et baskets et voitures de luxe, et ne sachant pas comment se les offrir, et n’ayant aucune notion de la valeur qu’ils peuvent créer, finissent par vendre produits illicites, leurs corps, leur âme pour acheter un petit bout du rêve.
Ah, ça on n’en parle pas !

C’est parce que l’argent est tabou qu’il est depuis des millénaires entre les mains des mêmes hommes blancs occidentaux et ventrus de plus de 50 ans qui n’en ont rien à foutre de la cause des femmes, des minorités, qui n’en ont rien à foutre que des personnes travaillent pour eux à des centimes l’heure dans des conditions exécrables et qui n’en ont rien à foutre de créer des produits et services qui changent le monde.
Alors qu’on continue à se dire ‘bouh l’argent c’est mal’ ce sont les mêmes personnes qui n’en ont rien à foutre qui s’en mettent plein les poches.
Les changeurs de monde sont souvent pauvres.
Je trouve ça un peu con.

C’est parce qu’on ne parle pas assez d’amour, d’amour vrai, d’amour de couple, d’amour filial, c’est parce qu’on se dit que c’est secret et que personne n’a à savoir ses choses là, qu’on perd absolument tous nos standards d’une relation fluide. C’est parce qu’on n’échange pas sur nos sentiments vrais, nos expériences, nos vulnérabilités qu’on peut finir entre les mains d’un manipulateur sans même savoir qu’il nous manipule. Et après des années de cela, si on finit par en sortir, ça nous met encore des mois pour reconstruire estime de soi, courage, force.

C’est parce qu’à la télé c’est bien plus facile de montrer des comédies romantiques oú la nana est absolument comblée qu’un type mignon veuille bien d’elle ET de montrer des clips oú des femmes à grosses fesses secouent leurs derrières devant la caméra en léchant le torse d’un homme laid, que nous grandissons avec peu de repères de ce qu’est une relation saine.
On peut être sauvé en aillant un bon exemple familial, mais malheureusement ce n’est pas le cas de tous.

Vous saviez que l’amour était tabou vous ? Eh bien regardez de plus près. Vous verrez que c’est presqu’un gros mot dont on ne parle jamais.

Sur ma dernière vidéo sur la masturbation, publiée chez FRAICHES, quelqu’un a fait la remarque que j’aurais pu utiliser cette plateforme pour un sujet plus important.

Il s’avérait que ce jour là, il n’y avait pas de sujet plus important que la masturbation.

Tout simplement parce que c’est un tabou de plus à dégommer.

Sur mon intervention à France 2 sur l’argent, (‘j’aime l’argent comme j’aime le chocolat’ ) on m’a fait la remarque que franchement, les journalistes avaient déconné avec l’angle choisi, sans montrer aucune nuance.
J’ai compris que les journalistes ne s’intéressent pas à la nuance. Ils choisissent un angle et font tout pour le prouver.
Ceci dit, m’entendre répéter ‘j’aime l’argent’ ne m’a pas gêné personnellement.

Pourquoi : car c’est un tabou de plus à dégommer.

Partout où il y aura un sujet qui fait chier les gens quand on en parle et qui est inconfortable : je suis là.
Car je pense vraiment que c’est la vérité – notre vérité, car il n’y en a pas d’absolue – qui va nous sauver.

Ça demande du courage car de temps en temps je me prends de bonnes baffes dans la figure.
Mais ça ne m’affecte pas plus que ça parce que même si une personne voit un texte, un bout de vidéo en se disant : mais pourquoi elle fait ça ? Dit ça ? Pour qui elle se prend ?

Moi je sais très bien ce que je fais.
Je suis en train de tuer un tabou à coup de batte de baseball.

Je ne vais pas y arriver seule ceci dit.

Et je sais qu’à chaque fois que j’ose dire ma vérité, je donne un peu de force à quelqu’un qui lit ou voit un bout de vidéo, la force de dire la sienne.

Je nous vois être une armée de personnes qui tombent les masques et disent enfin les choses.

Je ne dirais pas avec authenticité – vous ne le saviez peut être pas mais je n’aime tellement ce mot – mais avec vulnérabilité. Comme elle peut. Avec ce qu’elle a.

Vaille que vaille,
Laissons parler les gens,
Nous on y va !

Et pour commencer, partagez ce texte si vous pensez qu’il peut aider

Lyvia

Photo : ce jour au Tate Modern oú j’ai vu cette femme poser habillée, avec simplement un espace ouvert au niveau du pubis. #taboudegomme