Il l’a fait ! Thomas s’est cassé pour devenir journaliste

Il l'a fait - Thomas | Je me casse

Il l’a fait! – Thomas a quitté son poste dans un association pour se lancer dans une nouvelle aventure professionnelle: devenir journaliste. Interview menée par Lyv et brillamment rédigée par Margot 🙂 Calez-vous dans vos fauteuils, et découvrez le récit de Thomas, riche, honnête et inspirant.

 

Thomas, 32 ans, est actuellement en reconversion professionnelle. Il a quitté l’association pour laquelle il avait été chargé de mission logement pendant 5 ans.

Un bilan de compétences étalé sur trois mois lui a révélé qu’il était fait pour le journalisme. Il nous parle de ses avancées.

 

Que faisais-tu avant de te casser ?

 

J’ai quitté mon poste de chargé de mission logement le 13 mai 2014 après 5 années passées au service d’une association.

Je suis arrivé en septembre 2009, dès les premiers jours de ce service d’Intermédiation Locative.

Ma mission initiale était de capter plusieurs centaines de logements en Ile de France pour des femmes seules avec enfants, vivant depuis des mois dans des chambres d’hôtels.

J’ai adoré cette première phase de mon métier. J’étais convaincu que ce poste était celui de ma vie.

 

Malgré des objectifs ambitieux fixés par l’Etat (capter 500 logements en Ile de France en 6 mois), et les moyens humains limités (nous n’étions que 3 capteurs d’appartements dont un était en CDD), j’ai réussi à récupérer environ 250 logements, en un an et demi.

Je faisais de gros horaires au début. Mais j’étais fier de la portée de mon travail. Je contribuais à redonner des conditions de logement décentes à des familles immigrées dans le besoin. Je contribuai à démocratiser l’accès au logement.C’était ma récompense.

 

Pour information à mon arrivée, nous avions 0 logements et 0 familles. Cinq ans plus tard, à mon départ, le parc immobilier de l’association était de près de 700 logements, accueillants 3 000 bénéficiaires.

Ces chiffres sont la preuve que ce dispositif est efficace autant pour les pouvoirs publics, que pour les familles et les propriétaires.

 

As-tu toujours eu envie d’aider ton prochain ?

 

Oui. J’ai toujours voulu faire de l’humanitaire, j’étais un peu rêveur. J’ai même tenté l’institut Bioforce qui forme aux métiers de l’humanitaire mais je n’ai pas été retenu et, après réflexion, je sentais que je n’avais pas vraiment envie de me couper de ma famille, de mon pays et de mes amis.

À la place, j’ai validé un Master 2 en Sciences Humaines et Sociales à Nanterre. Mon ancien poste mêlait donc les aspects sociaux et associatifs qui me plaisaient et m’introduisait au domaine de l’immobilier qui était complètement nouveau pour moi.

Au début ça m’a beaucoup intéressé, puis j’ai été assez épuisé par la charge de travail.

 

Comment s’est passée la suite de ta mission ?

 

Dans les deux années qui ont suivi, j’ai dû arrêter de chercher des logements et m’occuper de la gestion technique des logements captés. En gros, on m’appelait pour les problèmes de chaudière, d’humidité, de dégât des eaux…

Je faisais l’intermédiaire entre les assurances, les propriétaires, les entreprises du bâtiment et les familles logées.

Le côté « service après-vente » des appartements m’a plu au départ : contribuer au confort des occupants et à l’amélioration des logements était une mission ‘challengeante’.

Mais au final, certaines situations étaient usantes : par leur récurrence, par le côté exécutif, par le manque d’investissement de certains propriétaires, par la mauvaise foi de certains occupants et par les préjugés de certains voisins.

 

Mes collègues du pôle technique avaient la tête sous l’eau. Les délais pour résoudre les problèmes rendaient impatientes certaines familles et certains travailleurs sociaux. ( Mais la résolution de sinistre dépendait de nombreux facteurs incompressibles : temps, argent, procédures administratives, disponibilité des entreprises, etc… )

 

L’absence de reconnaissance pour le travail accompli a été le plus dur à accepter.

 

À partir de 2011, j’ai commencé à me lasser. Pour donner un peu plus de sens à mon poste, j’ai réfléchi pendant un an à des ateliers et guides à l’attention des familles. L’objectif était de les enseigner sur leurs droits et devoirs, ainsi que sur les gestes pour être autonome dans un logement.

Cette réflexion a failli prendre forme. Mais des changements et des freins en interne ont eu raison de sa mise en application.

 

J’aurais bien aimé devenir un « intrapreneur »…mais non.

 

Parallèlement, j’ai commencé à demander à mes supérieurs d’avoir d’autres responsabilités ou bien d’être augmenté mais, aucune des deux propositions n’étaient envisageable.

 

Ma coupe commençait à être pleine. J’avais la sensation de m’investir dans mon travail, mais de ne pas avoir de reconnaissance. Mi-2012, j’ai donc commencé à rencontrer d’autres gens et j’ai même postulé pour travailler dans le domaine de la précarité énergétique dans les logements.

Je m’étais également renseigné sur la rupture conventionnelle, la démission, la reprise d’études par un CIF. Mais mes démarches ne débouchaient sur rien.

En tout cas, fin 2013, mon patron m’a offert un bilan de compétences de 24 heures réparties sur 3 mois. Je lui en suis vraiment très reconnaissant car j’y ai eu une révélation : je pouvais être journaliste.

 

C’était une grosse surprise pour moi. Si j’aimais écrire des poèmes dès le collège – j’ai même tenté de les faire publier – et que j’aime faire de la photo, j’associais ces activités à un côté artistique de ma personnalité axé sur le sensible et la contemplation.

Alors que pour moi, le métier de journaliste évoque des chiffres, des recherches, une bonne culture générale, un regard critique et actif sur les choses. Pour ces raisons, je n’avais pas envisagé cette carrière.

 

Tout ne coulait donc pas de source ?

 

Disons que le verdict du bilan de compétences m’a tout de suite parlé. Il évoquait des centres d’intérêts, bien réels.

Mais au final, ça ne m’arrangeait pas trop en réalité.

 

Cette reconversion était synonyme de : bâtir un réseau, reprendre des études et trouver un modèle pour gagner sa vie. À 32 ans, je me lance donc à la découverte d’un nouvel univers… Quel challenge et que de questions !

En même temps que mon bilan de compétences, j’ai négocié une rupture conventionnelle avec mon patron. Encore une fois, je le remercie. Il n’était pas en capacité de me conserver et de me faire évoluer, mais il m’a fait partir dans de bonnes conditions.

 

J’ai obtenu ma rupture conventionnelle après 6 mois d’attente dû au fait que j’étais délégué du personnel et que, dans ce cas, les formalités prennent plus de temps. Sur la fin, j’avais vraiment hâte de partir. J’avais mis toute mon énergie, mon cœur, mes tripes dans ce poste.

 

En plus, cette période de mutation s’est avérée pour moi quasi totale: je me suis séparé de ma femme en avril 2014. J’ai quitté notre appartement, dont je suis co-propriétaire.

À la place, je me suis installé dans un studio, que je loue. J’avais vraiment besoin de souffler.

Ces dernières années avaient été éprouvantes. Je voulais être un créateur.

J’avais semé partout, sans récolter le fruit de mes efforts. J’ai donc pris mes distances pour faire le bilan : comprendre ce que je voulais, ce dont j’avais envie et besoin. Ce temps est difficile, mais il nécessaire. Je découvre qui est le véritable Thomas Masson.

 

Quand j’ai obtenu ma rupture conventionnelle, je suis parti avec un beau chèque. Mais l’après…c’était le flou total !

Je me suis souvent dis « mais qu’est-ce que tu fais ? Fais demi-tour ! Accroche-toi !  »

 

Et que fais-tu depuis ?

 

Il l'a fait - Thomas | Je me casseDepuis le 13 mai 2014 j’ai créé mon blog sur l’économie sociale et solidaire. J’y écris des articles sur ce secteur et y publie parfois les interviews de personnes qui, comme moi, osent une nouvelle vie.

La première interview publiée a été celle de ma meilleure amie qui conjugue son rôle de mère au foyer à celui de photographe. J’ai découvert mon amie sous un angle artisitique.

 

En juillet j’ai assisté aux 48H de la pige, un évènement qui regroupe une centaine de journalistes pigistes venus écouter les conseils de professionnels. J’y ai appris qu’il fallait généralement attendre deux ans minimum avant de percer.

Quand ça marche bien, on peut espérer gagner 1500€ nets (c’est moins que ce que je gagnais avant) et qu’il est recommandé d’avoir un autre métier à côté pour compléter ses revenus. Ça a remis un peu plus en question mon choix.

 

Malgré tout, je continue de rencontrer des gens du métier pour bénéficier de leurs conseils et de leur expérience.

J’ai suivi deux formations en ligne pendant 8 semaines: « data journalisme » et « réseaux sociaux ». Il s’agissait de deux MOOC organisés par Rue 89. Je me suis aussi initié aux techniques de base de journalisme pendant 60h, au sein de l’EMI-CFD. Et ce n’est pas fini ! J’ai récemment passé un entretien pour intégrer une formation de 300h dès février 2015.

J’ai créé un compte Twitter pour exercer une veille au niveau de l’information et je vais aux conférences qui m’intéressent pour approfondir certains sujets. Je rencontre de plus en plus de gens intéressants.

J’ai formé un groupe Meetup dans les Yvelines (78). Intitulé les « Alter Egaux » il a pour vocation de réunir tous les acteurs de l’Économie Sociale et Solidaire du département.

 

À force de m’écouter, la petite voix qui était négative, devient positive.

 

Je commence à me faire confiance, à me prendre par la main. Tout ça, c’est venu en méditant, en lisant, en écrivant, en faisant du sport, en parlant et partageant avec mes proches, en prenant soin de moi, en me rapprochant de la nature.

Je traverse une période difficile : une mort sociale, professionnelle, sentimentale.

Mais je suis toujours vivant ! Depuis très peu de temps, je pratique la cohérence cardiaque. C’est un exercice de contrôle, de détente, par la respiration.

 

Où en es-tu financièrement ?

 

Pour l’instant je ne suis ni pigiste, ni journaliste. Je construis les bases de ma nouvelle vie, pas à pas.

J’ai encore droit au chômage pendant 1 an et demi. Je m’appuie dessus même si je sais que ça n’est pas une fin en soi. Je me familiarise avec la gratuité de mes actions, j’apprends à vivre modestement et à faire bien avec moins.

Si ce domaine se révélait ne pas être fait pour moi, je considère que j’aurais appris beaucoup et que je saurai transposer mes apprentissages pour rebondir. L’argent viendra après.

 

Aujourd’hui je me nourris d’autres choses que d’argent, je savoure mes avancées, mes petits pas et mes petites victoires.

Apprendre en tâtonnant est très responsabilisant.

 

Ceci dit, je n’ai pas encore la pêche quand je me lève chaque jour car je pense que je suis encore dans une phase de mise en route et que tout est laborieux.

Je n’ai pas encore atteint un rythme de croisière mais je prends mon temps. Mon ancien boulot m’a épuisé, mon départ a été fastidieux donc je prends davantage le temps de m’écouter et je laisse mon intuition me guider.

J’ai décidé de me mettre volontairement un peu hors du temps. Je n’ai même plus de montre !

 

Je pose les pierres une par une et apprends à ne gérer qu’une seule personne (moi) et non plus, comme dans mon ancien travail, près de 1000 personnes.

 

Quels conseils donnerais-tu aux gens qui veulent se casser ?

 

Je ne suis peut être pas la bonne personne à qui poser cette question ! Je suis vraiment au début d’une reconversion professionnelle…

Le premier conseil, malgré toutes les conséquences que cela peut avoir, c’est : s’écouter soi, apprendre à se connaître.

Réfléchissez aux raisons pour lesquelles vous vous accrochez à votre boulot. Est-ce que vous apprenez encore quelque chose ou êtes-vous plutôt devenu un robot ? Est-ce que vous vous levez le matin par automatisme ?

 

Je crois qu’il ne faut pas faire taire la petite voix en nous qui réclame du changement.

 

Il est dangereux de rentrer en lutte contre soi. «  Chassez le naturel et il revient au galop ! »

Il paraît important de faire transparence en soi, de parler à des proches de confiance.

Cela passe par des recherches, des tâtonnements, des « échecs », des choix. Jusqu’à qu’un jour vous trouviez votre voie, voire qu’elle vienne à vous. Cela prend du temps mais c’est peut-être nécessaire pour vous rendre prêts au bon moment.

Faites-vous épauler par des gens compétents : un patron franc et de confiance, un coach, un psy, un ami.

 

En revanche, faites attention à ce que vous voulez.

Relativiser sur votre sort vous évitera de regretter.

L’herbe a toujours l’air plus verte ailleurs. Prêtez déjà attention à celle sous vos pieds.

 

De même, quand vous avez traversé une rivière, je peux vous garantir que vous regardez la rive que vous venez de quitter.

Valorisez votre chance si vous êtes en CDI et trouvez d’autres solutions pour vous casser en douceur : passez à 80% pour ralentir, demandez un Droit Individuel à la Formation. En bref : prendre le temps et tâtonner.

 

Aujourd’hui je reprends des forces, j’apprends à me connaitre et à me faire confiance. Je cherche ma place, et surtout je fais en sorte de la mériter. Beaucoup de travail m’attend. Je me construis avec patience.

 

Pour conclure, je m’efforce d’être prudent, de faire des choix constructifs et d’acquérir des bases solides. Je porte mes efforts sur le présent.

 

Merci à Thomas pour cette superbe interview, et à Margot pour ce compte-rendu. 

Retrouvez Thomas sur son blog ‘La Gazette des Alter-Égaux‘ et sur Twitter.

Envie d’aller plus loin? N’hésitez pas à poser à Thomas vos questions dans les commentaires.

 

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