« Comme beaucoup de femmes, j’ai été abusée enfant par un membre de ma famille… »

Comme beaucoup de femmes...

C’est ce que m’a écrit une cliente aujourd’hui : « Comme beaucoup de femmes…». Lire cela m’a fait un choc. Une telle affirmation. Comme si c’était la chose la plus évidente au monde… Et au fond je sais que c’est vrai.
La plupart de mes clientes sont des femmes.

Et l’autre jour, j’ai eu le choc de réaliser qu’au moins une cliente sur trois (de celles que j’accompagne individuellement) ont été abusées étant jeunes. Parfois – souvent – d’un membre de la famille. *Ouch*. Je n’ai pas connu ce genre de traumatisme. J’en ai probablement connu d’autres, mais plus tard.
Jusqu’à il y a quelques années, je pensais que le viol et les abus étaient quelque chose d’exceptionnel, qui arrivaient à ‘certaines’ d’entre nous. Et seulement plus tard j’ai compris.
Je me rappelle d’une conversation entre amis. Amies femmes, amis hommes. C’était il y a deux ou trois ans : j’avais appris qu’une femme sur trois avait été violée. Et de fait en y pensant, j’arrivais à trouver une connaissance sur trois qui avait été violée. C’était horrifiant. Les hommes du groupe ne voulaient pas vraiment entendre ça – ‘mais non, c’est exagéré, vérifions’ qu’ils disaient.
Ceci dit, je savais que même ces chiffres étaient minimisés. Il était fort possible qu’il y en ait plus.

Nous vivons dans une société où le sexe est tellement tabou, où l’on en parle tellement peu, qu’on peut traverser sa vie pendant des dizaines d’années en ne sachant pas à quel point les abus sexuels sont répandus. À quel point l’inceste est répandu. Et ce même quand on l’a subi nous-mêmes.

L’autre jour en faisant des recherches, je suis tombée sur des histoires érotiques de fiction incestueuses sur internet. Avec souvent des protagonistes adolescents. What the Fuck ? À force de garder ce sujet secret et tabou, on perpétue un marché noir de la sexualité. Celui oú l’homme peut se servir comme il l’entend. Celui oú mettre une mini jupe est un crime. Celui oú parce qu’une fille t’a laissé rentrer chez elle, tu te sens de ‘prendre’ ce qui te fait envie : « Elle n’a pas dit non, alors elle a dit oui », c’est ça ?

Combien de fois, nous, femmes, avons-nous fait l’amour sans vrai consentement, en se disant : « allez, pourquoi pas ? C’est pas bien grave. »

Parfois c’est ce mec que tu as rencontré en soirée, vous étiez chauds, il t’a séduit, vous êtes allés chez toi. Là t’avais plus trop envie, mais bon, histoire de ne pas perdre la face tu t’es dit ‘*why not*’. Et puis quand il a fini, il s’est simplement rhabillé et a commencé à partir. Pas une parole, pas un baiser, pas un câlin. Tu lui as demandé : « Tu pars » – il t’a répondu : « Bien sûr ». Sous-entendant : « A quoi tu t’attendais ? » A de la douceur ? De la décence ? Du respect. Voyons !

Parfois c’est ton mec, celui que tu aimes, celui qui deviendra peut être le père de tes enfants. Tu es fatiguée, t’as juste envie qu’il te prenne dans ses bras. Mais lui, il en veut plus. En plus ça fait longtemps. T’es pas trop d’humeur mais bon…tu vas pas en rajouter. Un petit coup vite fait va le calmer. En plus c’est lui qui fait tout, alors tu le laisses. Tu fais les bons bruits aux bons moments, et tu n’as qu’une hâte, qu’il termine vite. Comme ça tu auras fait ce qu’il faut et tu pourras t’endormir tranquillement.

Parfois c’est un proche, un mec de ta famille peut-être. Qui quand il passe près de toi, te caresse l’épaule, ou te touche la cuisse. Tu ne l’as pas invité à faire ça, et tu te dis… il ne peut pas vouloir à mal pas vrai ?… Pas vrai ?
Dans sa tête ce ne sera pas ‘mal’. Il dira juste que tu n’as pas dit non.

Le consentement, ce n’est pas un ‘pourquoi pas ?’. Ce n’est pas un haussement d’épaule. Ce n’est pas prêter son corps à un homme pour ne pas perdre la face. Le consentement c’est un oui franc. C’est l’envie. C’est l’enthousiasme. C’est le désir. C’est OUI !!!
Et ça on l’oublie.

Et on subit, doucement, jour après jour, ces violences quotidiennes et ordinaires. On se laisse balloter, à droite à gauche, se disant que ce n’est pas bien grave. Qu’on dépassera ça. Et on emmagasine de la souffrance et la douleur qui nous rogne à petit feu.

Car souvent… on n’ose pas en parler. On n’ose en parler à personne. On se dit que c’est nous. Que c’est dans notre tête. Qu’on aurait dû faire ci, qu’on aurait dû faire ça. Et la honte, et la culpabilité s’immiscent sous notre peau. Ils sont là. Toujours présents de manière latente.
Et ils serrent notre cœur.
Et nous empêchent… de faire confiance. De s’ouvrir. De se rendre vulnérable, de parler.
Ils nous empêchent de croire qu’autre chose est possible.

Femmes – c’est difficile à dire, et ça m’attriste que ce soit vrai, mais il est fort probable que vous ayez comme moi, comme beaucoup, des couches et des couches de douleur et de souffrance à enlever liées à la sexualité. Vous n’êtes pas seules. Loin de là. Et c’est possible. Vous avez droit à une vie amoureuse et sexuelle exceptionnelle et elle commence par vous donner à vous-mêmes un amour, une bienveillance, un respect, inconditionnels.

Hommes – si vous faites partie de cette communauté, alors vous comprenez que vous avez un rôle à jouer. Pour protéger, admirer, ces femmes – vos femmes, vos sœurs, vos filles, vos amies – qui ont pour beaucoup subi des choses qu’elles ne vous diront pas, et qui les empêchent de s’ouvrir. Une grande partie de ce qu’une femme a besoin est de se sentir en sécurité avec un homme. Telle qu’elle est. Et ça, vous pouvez y contribuer en créant l’espace, et en acceptant un ‘non’ avec amour et accueil, et en faisant toujours attention à si le consentement que vous recevez est FRANC. Je ne dis pas qu’en tant qu’hommes vous n’avez pas subi votre lot de traumatismes. Je dis simplement que dans les faits, il y a une forte probabilité que la femme qui se trouve dans vos bras ait souffert d’une façon que vous ne devinez pas.

Nous avons tous une responsabilité d’admettre la réalité, et d’en créer une nouvelle. De promouvoir une sexualité qui n’est pas seulement mécanique, et qui est une liaison entre le corps, l’âme et l’esprit. Quelque chose de puissant et à protéger.

Une autre sexualité où notre corps – celui de la femme, et aussi celui de l’homme – est sacré. Plus nous nous sentons en sécurité, plus nous nous ouvrons, meilleur est le sexe.

Il est temps de repenser la sexualité.
Il est temps de mettre les cartes sur la table.
Il est temps que les atrocités arrêtent… derrière les rideaux, derrière les portes fermées, dans les cages d’escalier.
On ne parle pas assez de cela.
Or il est probable que chaque femme de ce pays (50% de la population, tout de même) se soit sentie un jour attaquée, humiliée dans sa sexualité.
Cela doit cesser. Et cela commence par nous.

Lyvia,

Photo prise à Portland, Oregon… ce regard…

21.08.2017

F

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