Comment être un bon allié des femmes et des personnes de couleur (Ou comment parler d’une expérience qui n’est pas la nôtre d’une façon qui fait avancer les choses !)

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Il y’a quelques jours j’ai écrit sur le fait de prendre position, de s’exprimer et de choisir d’aborder des sujets tabous.
Ces derniers jours des lectures m’ont poussé à affiner cette réflexion – surtout quand il s’agit de parler ‘pour’ des personnes qui ne sont pas nous.

Par exemple, j’ai vu une vidéo d’une femme blanche et son positionnement sur le voile. J’ai lu un texte d’un homme qui encourageait les femmes à être plus puissantes.

Et à chaque fois cela m’a gêné. En prenant le temps de penser à pourquoi, j’ai réalisé que ce qui me gêne le plus, c’est la perte de puissance engendrée chez la personne qui est elle concernée.

C’est délicat de défendre (ou rejeter) des sujets dont on n’a pas l’expérience de vie. On peut vite passer pour arrogant, pour un sauveur, et en fait desservir les personnes que l’on dit vouloir soutenir.

J’aimerais que tu enregistres ce texte quelque part et que tu reviennes dessus à chaque fois que tu parles d’une expérience que tu n’as pas vécue, mais que tu choisis de défendre / soutenir. (Si tu t’en fous et que tu crois que nous sommes tous auto-suffisants et qu’on n’a pas besoin d’alliés, tu peux fermer ce post. Et quitter la page. Bisous .)

Qu’est-ce qu’un job d’allié ?

Un bon allié rassemble trois qualités :
– l’éducation ;
– l’empathie ;
– l’action.

Le triptyque n’est pas de moi, mais de Rachel Cargle (qui l’a sûrement emprunté elle aussi).
Ceci dit en voici MON interprétation.

1/ l’éducation – avant d’exprimer une opinion sur un sujet, éduque-toi, au moins jusqu’à arriver au stade oú tu comprends que tu ne sais rien, et oú tu réalises que les dynamiques en place sont plus complexes que tu ne l’imagines. S’exprimer publiquement pour ‘soutenir’ sans avoir un minimum d’éducation peut en fait faire des dégâts. 
Aie l’humilité de comprendre que tu ne connais pas l’expérience de l’autre, et va chercher ce que cela peut faire.

Et va chercher de TOI- MÊME. Tu sais lire, il y’a des livres, il y’a des documentaires. Et Google est ton ami. Ne demande pas à la personne que tu veux soi-disant soutenir ou défendre de faire ton éducation. La connaissance est disponible. Va chercher.

2/ l’empathie
Cela ne sert à rien d’être éduqué si tu n’as pas d’empathie. Et si tu commences à t’exprimer sur une cause dont tu n’as pas vécu l’expérience sans avoir même l’empathie de ce que ça fait pour la personne, que fais-tu à part te faire valoir toi-même ?
L’empathie c’est la capacité à essayer de te mettre dans la peau de l’autre. A dire : purée, même si je ne sais pas ce que ça peut faire, je sens comment ça te fait souffrir / t’émeut / te fait chier et ça me touche. C’est reconnaître l’expérience de l’autre.

Le manque d’empathie dans certaines situations est hallucinant. Et cela peut passer par la remise en cause des faits, ou une demande de justification des faits. Le nombre de fois où j’ai raconté une expérience oú j’ai senti du racisme et que la réponse était : “non mais t’es sûre que c’est parce que t’était noire ?” 
Zéro empathie. Merci. 
(Pareil pour être une femme : ‘non mais je suis sûr qu’il ne voulait pas à mal’ etc. ou ‘t’étais habillée comment ?’)

C’est pourquoi la phrase : “si tu n’es pas avec nous, tu es contre nous” est parfois citée dans les combats activistes.

Si tu remets en cause ma parole, mon expérience et que tu n’essaies même pas de comprendre ma souffrance, tu rajoutes de la violence à mon expérience.

3/l’action

Et c’est là que c’est délicat. Je vois des personnes de bonne foi mettre en place des actions pour ‘aider’.

Mais ces actions par moments sont plus du : « je fais un truc comme ça on voit que je suis sympa »
que 
« Je fais un truc pour vraiment faire avancer le système »

L’action que l’on peut faire en tant qu’allié est laisser son pouvoir à l’autre. Sortir du rôle de sauveur, ou de ‘je vais t’expliquer ce que tu vis’ et être
1/ dans l’écoute et le 
2/ bon ok qu’est-ce je peux faire ?

En partant de l’éducation et de l’empathie qu’on aura développé.

Exemples d’actions :
1/ Faire de la place plutôt que faire à la place

– si vous êtes blancs et que vous voulez soutenir les noirs : mettez des noirs en avant sur vos plate-formes. Ça se voit tellement peu.
– si vous êtes des hommes et que vous voulez soutenir les femmes : donnez votre place de temps en temps —> exemple – si dans une conférence vous observez qu’il y’a peu de parité, demandez-vous s’il n’ y’a pas une femme qui peut prendre votre place sur ce sujet à laquelle l’organisateur n’aura pas pensé 
– si vous voulez soutenir la communauté LGBTQ, invitez une personne de la communauté en interview, ou mieux, laissez-lui votre blog ou votre story Instagram pour un jour.

Ça c’est de la vraie action qui 1/ reconnaît votre privilège 2/ n’enlève pas à l’autre son pouvoir

2/éduquer vos groupes d’alliés

C’est épuisant quand on est dans une situation de devoir tout réexpliquer de nos expériences. En tant que femme noire, plus d’une fois je me suis sentie épuisée en expliquant racisme et/ou féminisme à des personnes qui attendent de moi que je leur dise tout. Non seulement je vis le truc, mais en plus je dois expliquer les dynamiques complexes qui gèrent le truc.

Éduquez-vous ET 
– mettez-vous entre hommes et réfléchissez aux ombres de votre masculin et comment vous pouvez soutenir les femmes autour de vous et ralentir le nombre d’agressions sexuelles. Arrêtez de nous demander quoi faire.
– mettez vous entre blancs / blanches et réfléchissez entre vous comment vous pouvez faire une impact et une différence à votre échelle et partagez vos découvertes entre vous.
Etc.

Il y’a des personnes qui sont là pour éduquer et qui ont fait ce choix. Mais ce n’est pas le choix de toutes les femmes, de tous les noirs, de tous les trans, de tous les gays et de tous les handicapés. Éduquez-vous avez des ressources disponibles.

Et rappelez-vous que ces personnes que vous ‘soutenez’ et ‘défendez’ sont en effet puissantes.

Elles n’attendent pas votre validation. En vrai elles s’en fichent.

Je suis noire et je n’attends pas qu’on me dise : non mais les noirs sont bien aussi ! (Sans blague!).

Je suis une femme et je n’attends pas qu’on me dise que je suis puissante (sans blague!).
Je le sais. Ce n’est pas à moi qu’il faut le dire.

Ceci dit :
– tant que les hommes ne feront pas leur part je vivrai dans un monde misogyne et
– tant que les blancs ne font pas leur part je vivrai dans un monde raciste.
C’est factuel.

Education,
Empathie,
Action.

Réfléchissez-bien quand vous agissez à si vous êtes vraiment un allié, ou si vous ne voulez juste pas faire partie des méchants.

En résumé ça donne :
– éduquez-vous auprès des personnes qui ont vécu ces expériences et qui veulent bien les partager. Cela veut dire apprendre à écouter plutôt que se dire qu’on a les réponses. 
– voyez en vous si ça résonne de façon honnête et que c’est une cause que vous voulez soutenir et défendre. Vous n’êtes pas obligés. Mais dans ce cas le mieux est de ne pas interférer.
– Agissez. Et pour de vrai. D’une façon qui ne prend pas son pouvoir à l’autre en le faisant passer pour impuissant, et ne faites pas peser sur l’autre la responsabilité de vos actions.

La notion d’allié, de privilège, toutes ces dynamiques sont complexes et ce post en lui-même me réveille de nouvelles réflexions que je partagerai à l’avenir.

Tout ce que je vous demande c’est de réfléchir + de vous éduquer. Et ensuite d’agir.

Taggez ici des personnes/livres/documentaires qui ont contribué à votre éducation afin qu’on grandisse ensemble en tant que communauté 😌

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De nombreuses personnes ont besoin de lire ceci.

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