J’en ai marre qu’on nous tue.

Cela fait plusieurs nuits que je fais des cauchemars, et à chaque fois, des hommes veulent me tuer.

Le premier, je l’ai eu le soir de l’écriture de mon article sur les relations toxiques. J’étais en balade en forêt avec José, et subitement un groupe d’hommes à moto est arrivé. Je m’en rappelle d’un, torse nu, sur une moto, qui guidait une dizaine d’autres hommes. Ils sont arrivés en nous terrifiant et en tirant en l’air. Nous étions une trentaine de personne sur cette route, dans un carrefour. Tous, nous nous sommes appuyés contre le mur de la montagne. Et pour se protéger, certains d’entre nous se sont allongés au sol. José et moi nous nous regardions droit dans les yeux, et je lui ai dit : ‘I love you’ et là on a entendu les premiers coups de feu. D’abord, cela tirait en l’air, alors je me suis dit qu’ils voulaient nous faire peur, qu’ils ne voulaient faire de mal à personne. Et puis, j’ai entendu les coups de feu descendre le long de la montagne, et je savais qu’ils tiraient sur les personnes appuyées là bas. Puis j’ai entendu les coups de feu se rapprocher. Ils s’approchaient de nous. J’ai fermé les yeux, je le savais, ils allaient nous tuer.
�Cette nuit, j’ai fait un autre rêve d’un même genre. J’étais dans la montagne, une grande clairière dégagée cette fois. Avec mes frères, ma petite cousine, de la famille, des proches, des amis, des clients. Un groupe d’homme est arrivé au dessus de nous. Ils ont descendu la montagne à notre niveau. J’ai fait signe aux autres de se tenir debout derrière moi, et de ne pas bouger. L’un des hommes, leur leader, est arrivé. Il avait en main un grand sabre. Il s’est approché de moi, et l’a approché de mon visage. Il m’a expliqué qu’il était colérique, qu’à la moindre contrariété, il n’hésiterait pas à planter son couteau. Ses acolytes étaient derrière lui. L’un de mes frères s’est approché pour me défendre. J’ai pris une longue respiration et lui ai fait signe de ne pas bouger. J’étais debout devant cet homme et je le regardais dans les yeux. Il m’a dit : ce que je préfère, c’est planter le couteau de le coeur, pour être sûr que personne ne survive. 

A chaque fois, je me suis réveillée avant qu’on me tue. Mais je savais que ça allait arriver.

J’ai essayé de faire sens de ces rêves. Le premier, peut-être qu’il était dû à l’émotion de sortir des mots difficiles pour moi. Ce n’est pas la première fois. Écrire crée un fort mouvement énergétique à l’intérieur de moi. Mais hier soir, je me sentais bien en me couchant, ça ne faisait pas sens. 

J’en ai parlé à José, et il m’a dit : peut-être que ce n’est pas que l’article. Peut-être que c’est l’état du monde qui te perturbe. L’état du monde ?

Et je me suis rappelée alors qu’en me réveillant groggy après ce rêve, je suis allée aux toilettes en me disant : « j’en ai marre que les hommes veuillent tuer les femmes ». Ça m’est venu comme une grande lassitude, tu vois ? Juste, j’en ai marre quoi. ��Dans ces rêves, je me suis sentie faible. Je me suis sentie impuissante, face aux nombres de personnes qui voulaient me tuer moi et ceux que j’aime. Et je me suis dit : la prochaine fois, au prochain rêve, je serai armée moi aussi.

L’état du monde. 
Mes cauchemars les plus courants sont des personnes qui veulent me tuer. Je ne sais pas d’où ça vient. 

Mais j’ai repensé à un message que m’a écrit une lectrice. Au Mali, il y a seulement quelques jours, il y a eu une attaque dans un village. Plus de 100 morts dans le village de Ogassagou. Elle m’a dit que c’était proche de son village et qu’elle était tellement triste que personne n’en parle. Que des femmes, des enfants avaient été tués. Des bébés, des femmes enceintes. J’ai lu l’article qu’elle m’a donné. Je lui ai dit que j’allais laisser descendre l’info, et voir quoi en faire. Je ne suis pas journaliste, j’écris toujours ce qui vient au moment où ça vient.��Et quand José m’a parlé de l’état du monde, j’ai pensé à ça. Je me suis dit : voilà – 100 personnes tuées, probablement par des hommes fous et armés, des personnes innocentes qui n’ont rien demandé. Les médias français s’en foutent royalement (j’ai médité sur ça d’ailleurs, et cela fera sûrement l’objet d’un autre article, pourquoi un massacre au Mali est-il moins couvert qu’un massacre en Nouvelle Zélande ? A cause du statut économique, de la couleur de peau, de la diplomatie ? Bref, je digresse). 

J’ai pensé à cela ce matin et je me suis dit : dans le monde entier, on se fait massacrer – je pensais particulièrement aux femmes, même si bien sûr des hommes étaient victimes dans mes rêves et ce massacre particulier – car à chaque fois les perpétrateurs étaient un groupe d’hommes.

On se fait massacrer en se mariant à des hommes violents.
On se fait massacrer en naissant dans le mauvais pays où nous n’avons aucun droit. 
On se fait massacrer dans la rue alors qu’on a rien demandé.
On se fait massacrer dans les hôpitaux quand on accouche de façons qui arrangent les médecins et pas nous.
Des expériences ont été faites sur notre corps contre notre gré. Des hystérectomies en lieu d’avortements.
On se fait massacrer quand on hausse le ton, quand on lève la voix.�Il est peut-être ancré dans notre ADN que si on parle, on est en danger.
Alors on se tait.
Mais en se taisant, on ne nous massacre pas moins.

C’est à ça que j’ai pensé en me levant ce matin.

Qu’est-ce je peux faire ?
Honnêtement, à part écrire, parler et étudier, je ne sais pas bien. Mais c’est déjà ça, j’essaie.

Parfois j’aimerais que « l’état du monde » ne m’empêche pas de dormir.
Parfois j’aimerais avoir un métier qui ne lie pas tant ma vie à celles de milliers.
Mais c’est ce qui est venu. C’est ce qui me touche et m’émeut. Alors vaille que vaille.

« Les hommes ont peur que les femmes se moquent d’eux.�Les femmes ont peur que les hommes les tuent » – a écrit Margaret Artwood, auteure de ‘The Handmaid’s tale’

Et c’est vrai.�C’est vrai partout dans le monde.

J’aurais aimé conclure sur quelque chose de profond. �Mais je n’ai rien.�A part que j’en ai marre que les hommes veuillent tuer les femmes.

Pas tous les hommes.
Mais des hommes.
Et pas toutes les femmes.
Mais des femmes.

—-
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Photo : Nathalie Sapin

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